Témoignage d'un accouchement en Maison de Naissance

Publié le 8 Août 2017

Avant de pouvoir partager mon propre témoignage d'un accouchement en Maison de Naissance, en voici un très beau. J'espère que ça va se passer tout aussi bien pour moi! :) 

source: http://www.huffingtonpost.fr/julie-nouvion/jai-accouche-en-maison-de-naissance-un-merveilleux-souvenir_a_23063036/ )

"La pharmacienne avait demandé "avez-vous besoin d'un sèche-cheveux pour la cicatrice de l'épisiotomie?", ce à quoi j'avais répondu un peu outrée mais fièrement "j'accouche en maison de naissances, pas d'épisiotomie". Elle m'avait remis mes achats sans très bien comprendre de quoi je parlais. J'avais en effet choisi d'accoucher au CALM, ou Comme A La Maison, la maison de naissances parisienne adossée à la maternité des Bluets. Une maison de naissances est un lieu géré par des sage-femmes pour prendre en charge les grossesses à bas risque. Il faut savoir que 80% des grossesses se passent très bien, sans complication ni nécessité de la moindre intervention. Une banalité physiologique que vous cache aussi bien votre gynéco que le forum des septembrettes.

A l'étranger les maisons de naissances sont légion - Québec, Royaume-Uni, Pays-Bas, ou encore Etats-Unis notamment - et font partie intégrante de l'offre de soins, au même titre que l'hôpital ou l'accouchement à domicile. En France malheureusement il n'y en a que neuf, fonctionnant depuis 2016 dans le cadre d'une expérimentation légale qui permettra ensuite je l'espère de les généraliser et les rendre plus accessibles, y compris financièrement, à l'aube des années 2020.

Au CALM, je fus prise en charge dès le troisième mois de grossesse par Eva, qui devait rapidement devenir une personne importante pour moi. De longs rendez-vous mensuels, des textos entre temps si besoin, des conseils de lectures, des discussions enrichissantes... le suivi par une même sage-femme tout au long de la grossesse permet de tisser des liens humains, de confiance, qui seront essentiels lors de l'accouchement. Car celui-ci est un moment de grande vulnérabilité qui sera bien mieux vécu si l'on se sent à l'aise avec les personnes qui accèderont de fait à notre intimité.

La sage-femme apprend de son côté à connaître le couple de futurs parents, leurs appréhensions éventuelles, et les aide à cheminer vers la naissance de leur enfant et la parentalité. On est bien loin du suivi anonyme des grandes maternités, où chaque mois un professionnel différent vous examine, prescrit une prise de sang et vous congédie au bout de 15 minutes.

Car à ma grande surprise, Eva ne s'est pas du tout intéressée au col de mon utérus. J'ai fini par m'enthousiasmer à voix haute de ce que j'appelais le suivi sans doigts dans le vagin et nous avons convenu que le toucher de ce fameux col, outre son aspect relativement intrusif, n'offrait que peu d'indications concernant le bien-être de mon bébé ou le mien. Les échographies trimestrielles obligatoires suffisaient à vérifier de l'intérieur le bon déroulé de la grossesse et nos consultations accordaient autant de place à l'examen clinique qu'à l'écoute de mon ressenti. Une petite dose d'empowerment qui aide à se faire confiance.

Pour m'examiner, c'est-à-dire principalement palper mon ventre, mesurer sa croissance, et écouter le coeur du bébé, Eva passait plusieurs instants à caler des coussins pour m'installer confortablement. Oui, plusieurs instants, et je trouvais ça dingue au début. Elle interrogeait mes petits maux de grossesse, y proposait des remèdes. Les consultations d'une heure et demie ont permis d'explorer les différentes étapes de l'accouchement, et ce qui suivrait: soins au bébé, allaitement, retour à la maison...

C'est au milieu d'une nuit d'avril que la naissance s'est annoncée et nous avons rejoint le CALM au petit matin. Entre deux contractions je buvais de la tisane et grignotais des fruits secs (pas de jeûne forcé pour accoucher) pendant que mon conjoint déballait nos affaires dans la chambre. Une vraie chambre avec un vrai grand lit où l'on met ses propres draps pour se sentir chez soi. J'étais évidemment libre de mes mouvements. Les hormones secrétées lors d'un accouchement permettent de "rentrer en soi", comme dans une bulle protectrice, dans un espace où domine le cerveau reptilien primitif, celui des instincts. L'ocytocine, hormone du bien-être, domine ce cocktail naturel ; elle initie et fait progresser l'accouchement. Pas de méthode à appliquer, le corps sait ce qu'il a à faire et dicte les positions qui lui sont nécessaires pour s'ouvrir, les gestes qui le soulagent. Pendant les trois heures "de travail", je me suis aussi bien assise, mise debout pour marcher, penchée en avant, adossée à mon conjoint qu'allongée dans un bain. J'ai donné naissance à genoux.

Je n'ai évidemment pas eu d'épisiotomie parce que sa seule indication est de permettre le dégagement accéléré d'un bébé présentant des signes de souffrance foetale. Mon bébé dodu est né aisément car j'étais dans une position lui permettant de descendre bien plus facilement dans mon bassin que si l'on m'avait imposée d'être allongée les jambes en l'air. Mes deux sage-femmes ont pratiqué avec douceur la presse pelvienne, une pression ferme et indolore de leurs mains sur mes hanches, au niveau des crêtes illiaques : en rapprochant le haut des hanches, on en amène le bas à s'écarter, ouvrant ainsi de l'espace pour la sortie du bébé. Enfin, puisqu'il faut parler vagin, des compresses chaudes aident grandement à détendre les tissus dans les instants précédant l'arrivée de la tête du bébé sur le périnée. L'émotion folle, indescriptible, de l'imminence de la naissance, lorsque le bébé arrive là, à la jonction entre dedans et dehors, est de nature à couper le souffle. Ce n'est pas pour rien et à cet instant je fus effectivement invitée à prendre une ou deux respirations apaisantes avant de laisser mon corps pousser seul une dernière fois. Ces quelques secondes permettent elles-aussi aux tissus maternels de s'acclimater et s'assouplir, pour ne pas se déchirer, tout comme le fait de retenir délicatement de la main la tête du bébé qui sort au lieu de le tirer, pour que son passage soit doux.

Ma fille n'a pas crié, elle nous a regardés paisiblement. Nous sommes restés seuls avec elle quelques instants pour savourer l'intimité de la rencontre avec notre enfant. Puis nous nous sommes allongés dans ce lit, dans nos draps, notre bébé dans les bras, nouvelle-née toujours reliée à moi. C'est au bout de quelques minutes seulement que le cordon a cessé de battre, ayant achevé de remplir son rôle, et que nous l'avons coupé. La pesée permettant de connaître le poids de naissance a attendu quelques heures, comme la plupart des petites vérifications de routine. Les premières heures ont été passées à somnoler, chuchoter, s'émerveiller. Nous avons improvisé un pique-nique au lit.

Six à sept heures après la naissance nous sommes rentrés chez nous. C'est étrange d'avoir franchi le seuil de sa maison au matin un bébé dans le ventre et de rentrer quelques heures plus tard ce bébé dans les bras. Une vraie émotion, et aussi un grand confort offert par ce retour immédiat chez nous : celui de pouvoir dîner d'un repas réconfortant, calîner notre bébé sur le canapé, dormir ensemble et autant que nécessaire.

Le lendemain, ainsi que trois et cinq jours plus tard, nous avons reçu la visite de notre sage-femme, venant vérifier ma bonne santé et celle du bébé, aider à administrer quelques soins, accompagner le démarrage de l'allaitement. Elle nous a trouvés aussi bien ivres de bonheur que pleurant de fatigue et d'hormones, déjeunant d'un plat mal décongelé à seize heures. Son métier est aussi de connaître les mots remèdes et les conseils apaisants dans le tourbillon émotionnel et physique que traversent les jeunes parents. Un accompagnement que les gardes successives en maternité ne permettent pas nécessairement de trouver et qui nous fut précieux.

Trois mois après, la naissance de ma fille demeure un excellent souvenir. Accoucher ne fut pas un traumatisme et il ne m'a fallu que 24 heures pour avoir envie de revivre ce truc dingue qu'est la mise au monde d'un bébé. J'ai écrit ce récit parce que je suis heureuse d'avoir accouché ainsi, dans un mélange de grande douceur et de sentiment d'immense puissance.

Autour de moi les récits aussi idylliques sont peu nombreux. Si accoucher en maison de naissances ne conviendrait pas à toutes les femmes, chacune doit cependant pouvoir vivre dignement ce moment fondateur qu'est la naissance d'un bébé. Je me réjouis de voir que font enfin débat les violences obstétricales, et parmi elles la pratique trop fréquente d'épisiotomies non nécessaires et non consenties. Le bien-être des mères et des enfants implique des accouchements respectueux, c'est un réel enjeu de santé publique.

En maison de naissances, en maternités, ou à la maison, d'autres manières d'accoucher sont possibles!

NOTE: Faute de subventions, les sage-femmes en maisons de naissance sont généralement contraintes de pratiquer des dépassements d'honoraires. Au Calm ils s'élèvent à près de 1000 euros sur l'ensemble du suivi dont la majeure partie au moment de l'accouchement (astreinte, présence d'une seconde sage-femme...). Même avec une bonne mutuelle, le reste à charge est de quelques centaines d'euros pour les patientes... un surcoût auquel une nouvelle loi et une revalorisation des actes des sage-femmes par l'assurance maladie pourraient remédier.

Rédigé par Tintanel

Publié dans #Accouchement Naturel, #Maison de Naissance, #Grossesse

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